Antidote/ProLexis : quel est le meilleur correcteur orthographique pour Mac ?

Nous aurions pu tester Antidote 10 comme nous testons tous les correcteurs orthographiques depuis bientôt deux décennies. Mais à quoi bon ? Nous finirions par écrire que le correcteur orthographique est un peu plus fiable, que le dictionnaire est un peu plus complet, que l’application est un peu plus rapide. Notre test d’Antidote 9, publié en 2015, n’est pas incroyablement différent de notre test d’Antidote Prisme, publié en 2005.


Or Antidote n’est pas le seul correcteur orthographique disponible sur Mac, et nous n’avons pas formellement testé ProLexis, pourtant utilisé par de nombreux groupes de presses et maisons d’édition, depuis une douzaine d’années. Mettons donc ces deux correcteurs orthographiques professionnels l’un face à l’autre, dans un match en dix manches. Quel est le meilleur ? La réponse dans notre duel entre Antidote 10v2, édité par les Québécois de Druide Informatique, et ProLexis 6.7, édité par les Provençaux des Éditions Diagonal.




Une note sur les choix des correcteurs En 2007, nous avions opposé Antidote RX au Petit ProLexis 3. Cette version « grand public » du correcteur de Diagonal n’existe plus en tant que telle, mais a survécu sous la forme d’un mode d’affichage de ProLexis, et forme le socle du Robert Correcteur. Si nous nous sommes concentrés sur ProLexis, nous avons soumis Le Robert Correcteur aux mêmes tests, et nous mentionnons les différences entre les deux applications dans les lignes qui suivent.


Nous aurions pu tester Cordial 21, mais l’avenir de la version macOS n’est pas assuré. Nous n’avons pas retenu les correcteurs qui fonctionnent dans un navigateur, comme BonPatron dont la disponibilité est erratique, ou LanguageTool dont la version hors-ligne en Java est moins précise que la version en ligne. Nos quelques essais montrent toutefois que ces deux outils sont beaucoup moins fiables que les correcteurs de Druide et de Diagonal.


Manche 1 : intégration au système


Une fois le texte rédigé, comment le corriger ? C’est le point le plus important, mais aussi le plus sensible. Depuis quelques versions de macOS, et plus encore depuis macOS Mojave, le renforcement des mesures de sécurité du système compromet l’intégration des correcteurs aux éditeurs de texte. Les correcteurs ne peuvent plus s’intégrer au menu contextuel et ne peuvent plus récupérer automatiquement le texte.


Les correcteurs peuvent communiquer avec certaines applications par le biais de petites passerelles. Que l’on parle de « connecteurs » chez Druide, ou d’« adaptateurs » chez Diagonal, ces plug-ins ont une existence précaire. Proposés dans une vingtaine d’applications seulement, ils peuvent casser à la moindre mise à jour, et doivent être mis à jour régulièrement. À cet effet, Antidote est maintenant livré avec Connectix, une application entièrement dédiée à la gestion des connecteurs.


Connectix, le gestionnaire des connecteurs d’Antidote.

Certains plug-ins s’installent automatiquement (extensions pour Safari et les autres navigateurs, suites bureautiques, applications de PAO…), quand d’autres doivent être activés manuellement (bundle Mail, scripts spécifiques…). Antidote comme ProLexis déclencheront l’apparition des (in)fameuses boites de dialogue « Truc demande l’autorisation de contrôler Muche.app, et vous demanderont quelques manipulations dans le panneau de préférences Sécurité et confidentialité.


C’est le prix à payer pour une intégration passable dans les applications les plus importantes (liste des intégrations : avec Antidote, avec ProLexis, avec Le Robert Correcteur). Dans toutes les autres applications, dont les éditeurs de texte les plus populaires du moment, vous devrez glisser-déposer le fichier sur l’icône du correcteur, ou copier-coller le texte dans leur petite fenêtre. Des services et des menulets évitent les allers-retours, sans tout à fait éviter les frictions.


L’installation manuelle des bundles Mail.

Verdict : match nul. Antidote a perdu son meilleur argument avec macOS Mojave. Comme ses concurrents, Druide doit maintenant concevoir des connecteurs, application par application. Si l’on considère que Connectix intègre tous les connecteurs disponibles, alors que Diagonal a construit sa grille tarifaire en limitant artificiellement ses adaptateurs à telle ou telle « édition » de ProLexis, la balance penche du côté d’Antidote. Mais comme il faut aussi considérer la légère supériorité du menulet de ProLexis, la balance revient à l’équilibre.


Manche 2 : ergonomie de l’application


Après avoir passé des heures dans votre éditeur de texte, vous passerez seulement quelques minutes dans votre correcteur. Pour autant, son interface n’est pas un détail. Relire et corriger, c’est encore écrire. Un correcteur qui s’impose avec une interface trop lourde ou trop complexe, c’est un correcteur qui s’oppose au rédacteur. Un correcteur qui s’efface avec une interface claire et efficace, c’est un correcteur qui assiste le rédacteur.


Les deux correcteurs mettent le texte au centre de leur interface, c’est bien naturel… et c’est leur seul point commun. Comme le correcteur intégré au système, Antidote présente ses corrections au fil du texte, en distinguant les erreurs (en rouge) des suggestions (en orange) et des doutes (en orange pointillé). Cela explique qu’il sépare strictement la correction orthographique des corrections typographique et stylistique. S’il ne le faisait pas, le texte serait surchargé, et la correction plus difficile.


La fenêtre de correction d’Antidote.

Cette segmentation exige certes quelques clics supplémentaires, mais elle permet de se concentrer sur différents aspects de la correction à différents moments, tout en ayant une vision d’ensemble du texte. À l’inverse, ProLexis concentre toutes les corrections dans une barre latérale, sans affecter le texte. La relecture est donc un exercice de gymnastique : on saute de la barre latérale au texte, pour voir l’erreur dans le contexte, puis du texte à la barre d’outils, pour voir les suggestions de modifications.


On ne peut pas dire qu’une approche soit clairement supérieure à l’autre : Antidote fait cliquer et double-cliquer, ProLexis fait promener le regard et le curseur. Mais on peut dire que l’application de Druide suit les conventions de macOS, utilise des éléments d’interface conventionnels, et s’intègre parfaitement au système, jusqu’à prendre en charge le mode sombre. À l’inverse, ProLexis ressemble à une application Mac OS 9, utilise des éléments d’interface abandonnés depuis des années, et semble étrangère au système, jusqu’à souffrir de problèmes d’affichage des textes (un comble pour un correcteur… de texte !).


La palette du dictionnaire résume à elle seule l’interface du ProLexis. Les tiroirs et les filets ne sont plus employés depuis des années, les cases à cocher rappellent d’anciennes versions des environnements de bureau GNU/Linux, et les textes ne sont visiblement pas générés avec le moteur de macOS. Ces défauts empêchent d’utiliser ProLexis de manière tout à fait confortable, surtout lorsqu’ils vont à rebours des conventions établies. Autrement dit : alors qu’Antidote est immédiatement familier, il faut se faire à ProLexis.

ProLexis n’est pas particulièrement élégant, mais il n’est pas contreproductif. Antidote est plus fluide et plus familier, mais cela vous importera peut-être moins que le nombre d’informations affichées à l’écran. Et puis Diagonal permet de passer du « Grand ProLexis » avec une interface fouillis au « Petit ProLexis » avec une interface allégée. Reprise par le Robert Correcteur, elle est beaucoup plus proche de l’interface d’Antidote, mais reste moins « native ».


Preuve en est : la fenêtre des guides linguistiques du Robert Correcteur est un mélange baroque d’éléments natifs et d’éléments tout droits sortis d’iOS 4, surmontés d’une guirlande de boutons colorés ! Cette relative ringardise des applications de Diagonal — ProLexis 6 a fêté ses six ans en octobre dernier — se constate aussi sur le plan technologique. ProLexis comme Le Robert Correcteur sont des applications 32 bits, qui ne tourneront pas dans la prochaine version de macOS. Espérons qu’ils seront mis à jour en temps et en heure.


« Le Robert Correcteur » n’est pas optimisé pour votre Mac et doit être mis à jour. Oups.

Verdict : avantage Antidote. Vous êtes nostalgique des applications Classic ? Choisissez ProLexis. Vous préférez utiliser des applications pleinement adaptées à macOS ? Choisissez Antidote. Ce n’est pas seulement une question de gout : comme il respecte les conventions des systèmes modernes, Antidote est immédiatement familier, et parfaitement compatible avec VoiceOver et les autres fonctions d’accessibilité. Ce n’est pas le cas de ProLexis.


Manche 3 : fiabilité du correcteur orthographique


Mais venons-en au plus important : Antidote et ProLexis sont-ils fiables ? Pour le savoir, j’ai corrigé mes articles avec les deux applications pendant plusieurs semaines. À l’issue de ce test empirique, j’ai soumis les deux correcteurs à un corpus d’articles écrits par mes collègues et parsemés de fautes par mes soins. Enfin, j’ai utilisé les fichiers d’évaluation fournis par les deux éditeurs, qui contiennent tous les types de fautes possibles et imaginables.


Tous ces tests ont été menés avec des correcteurs fraichement installés, configurés avec leurs réglages par défaut, qui montrent comment les éditeurs conçoivent le bon usage du français. Seule exception : les préférences orthographiques. Antidote laisse le choix entre la graphie « traditionnelle » et la graphie « rectifiée », alors que ProLexis impose la graphie traditionnelle par défaut. Puisque les rectifications orthographiques de 1990 sont largement employées et enseignées, nous les avons favorisées.


L’interface « en équerre » de ProLexis. Les colonnes peuvent être regroupées à gauche ou à droite, voire supprimées au profit de la seule partie supérieure.

De manière générale, ni l’un ni l’autre des correcteurs ne garantissent des textes complètement dépourvus de fautes, comme ce présent article devrait le prouver. Antidote et ProLexis ratent quelques fautes, signalent des mots correctement orthographiés, ou proposent des corrections farfelues. Bref, ils se font piéger encore trop facilement. Mais ce qui est intéressant, et qui motive cette approche comparative, c’est qu’ils ne tombent pas dans les mêmes pièges.


Antidote signale les erreurs, des fautes avérées ; les alertes, de l’ordre de la suggestion ; mais aussi les « ruptures d’analyse ». Ces ruptures indiquent la présence d’un problème, mais pas la solution. La phrase « le document contenant toutes les informations que vous aurez besoin », par exemple, provoque une rupture. Un rédacteur attentif saura remplacer « que » par « dont », mais Antidote ne l’explique pas. Ce défaut est parfois une qualité : quand ProLexis se fiche qu’un mot manque ou qu’une tournure soit bancale, Antidote signale une rupture.


Dans la barre latérale à droite de la fenêtre du correcteur d’Antidote, remarquez le nombre de ruptures.

Ces ruptures révèlent une différence d’approche majeure. Antidote préfère suggérer que proposer — mais lorsqu’il propose, il propose une seule correction, et c’est généralement la bonne. ProLexis préfère proposer que rater — et propose plusieurs corrections, la première n’étant pas toujours la bonne. C’est un choix : Antidote ne donne pas toujours la solution, mais quand il la donne, c’est la bonne ; le ProLexis fait du zèle, au risque d’induire le rédacteur en erreur.


ProLexis ne perd jamais le fil à l’intérieur d’une phrase, alors que les constructions alambiquées peuvent dérouter Antidote, qui signalera une alerte voire une rupture. Mais Antidote semble comprendre le sens général d’un paragraphe, et assure la cohérence du genre et du nombre au long de plusieurs phrases, quand ProLexis perd pied. ProLexis rate donc les erreurs de cohérence, quand Antidote « verrouille » le sujet, parfois de manière excessive.


La fenêtre de correction du Robert Correcteur, identique à celle du « mode Petit ProLexis », et proche de celle d’Antidote.

Vous l’aurez compris : ces correcteurs ont des personnalités bien trempées. Antidote comprend mieux les textes dans leur ensemble, mais peut buter sur certaines tournures ou certains mots. ProLexis étudie les phrases à la loupe, mais ne prend pas le recul nécessaire pour éviter les incohérences au long cours. Antidote multiplie les ruptures sans apporter la solution, ProLexis multiplie les suggestions sans trancher.


Avec notre corpus volontairement piégeur, le correcteur de Druide s’est révélé légèrement plus fiable que celui de Diagonal. Fautes non détectées, détectées sans suggestion de correction, détectées mais mal corrigées, faux positifs… Antidote a commis 7 % d’erreurs, contre 9 % pour ProLexis, et 11 % pour Le Robert Correcteur. Au quotidien toutefois, il est difficile de faire ressortir un écart marqué entre les deux, au-delà de leur différence d’approche très sensible.


Verdict : match nul. Difficile de départager les deux moteurs, tant leur conception de la correction est opposée. Sur notre corpus, Antidote s’est révélé plus fiable que ProLexis, mais au quotidien, l’un n’est pas clairement supérieur à l’autre. ProLexis est d’une efficacité redoutable à l’échelle de la phrase, au prix de graves erreurs de cohérence à l’échelle du paragraphe. Antidote donne l’impression de comprendre le véritable sens d’un texte, mais bute sur les constructions alambiquées et les tournures imagées. Vous préférez peut-être une approche à l’autre, mais correcteur ou pas, vous devrez toujours relire vos textes.


Manche 4 : rapidité du correcteur orthographique


Un correcteur fiable, c’est bien. Un correcteur fiable et rapide, c’est mieux. Antidote se traine… une réputation d’escargot, de moins en moins justifiée. Depuis plusieurs versions, le correcteur garde une mémoire des modifications déjà effectuées, pour accélérer les allers-retours entre la rédaction et l’édition des documents les plus longs. La toute dernière version se lance plus rapidement que jamais, mais toujours plus lentement que ProLexis.


Oh, on parle d’un quart ou d’une demi-seconde d’écart, mais à force, cela fait la différence. Antidote comme ProLexis peuvent encaisser des documents extraordinairement longs sans broncher, alors que dans Le Robert Correcteur, l’affichage des documents les plus longs est paginé. Une limitation artificielle quelque peu mesquine, puisqu’elle ne concerne pas le « mode Petit ProLexis ».


Verdict : avantage ProLexis. Antidote 10 est beaucoup plus rapide que ses prédécesseurs, mais le lancement du ProLexis est instantané. La rapidité n’est pas seulement une question d’optimisation, mais aussi une affaire de manipulation. Une nouvelle fois, les deux applications s’opposent diamétralement. Le correcteur de Diagonal est une machine à réviser séquentiellement, une faute après l’autre, sans jamais lever les mains du clavier, alors que celui de Druide permet de prendre du recul, de comprendre les fautes dans leur contexte, au prix de multiples clics.


Manche 5 : outils d’aide à la rédaction


La correction des fautes n’est qu’une étape dans la révision et la relecture d’un document. Antidote permet de revoir le texte sous certains « prismes » : répétitions, tournures, vocabulaire, lisibilité, sémantique, logique, accords, regroupements, temps… Soyons très francs, vous n’utiliserez pas ces prismes sur tous vos documents. Mais lorsque vous en aurez besoin, ils vous fourniront une aide précieuse pour mater les répétitions, éliminer les tournures passives un peu lourdes, ou encore ajuster le ton d’un passage important.


Le prisme des répétitions dans Antidote.

ProLexis propose bien quelques statistiques, mais rien de comparable. C’est un angle mort dans l’offre de Diagonal, d’autant plus surprenant que les prismes ne datent pas d’hier, et que ProLexis offre un « assistant de correction » qui révèle les mots signalés comme une erreur de manière répétée. Si ce mot existe bien, comme « Linux » dans l’exemple ci-dessous, vous pourrez l’ajouter à votre dictionnaire personnel, auquel cas ProLexis ne butera plus dessus. Mais si c’est bien une erreur de votre part, cette alerte vous donnera l’occasion de prendre conscience de votre bévue et de renforcer votre vocabulaire.


L’« assistant de correction » de ProLexis.

Verdict : avantage Antidote. ProLexis corrige l’orthographe. Antidote corrige le texte. Quatorze ans après leur apparition, les « prismes » restent uniques et précieux. Chaque prisme est comme un coup de burin qui permet de dégrossir le texte. Ce n’est pas seulement pour la beauté du geste : Antidote propose des outils très prosaïques, destinés à simplifier l’écriture technique ou… calculer les tarifs d’une pige ou d’une traduction.


Manche 6 : prise en compte des préférences orthographiques


N’en déplaise aux barbons du quai de Conti, le français est une langue vivante, et n’est pas seulement la langue des Français. Les correcteurs doivent transcrire la richesse de la langue, imposer les normes sans empêcher les variantes. Sur ce plan, le Français ProLexis est plus conservateur que le Québécois Antidote. ProLexis n’est pas complètement franchouillard : il comprend les québécismes, et peut s’adapter aux normes typographiques canadienne et suisse.


Mais Antidote prend un soin tout particulier à représenter la francophonie dans son ensemble. Il offre une palette de réglages adaptée aux différentes « régions linguistiques » : France, Belgique, Suisse, Québec/Canada, mais aussi Afrique/Antilles/Louisiane. Les normes typographiques et le dictionnaire sont ajustés automatiquement, mais on peut toujours régler la sensibilité du correcteur aux régionalismes, région par région. ProLexis, lui, pavoise ses réglages en bleu-blanc-rouge.


Une petite partie des préférences linguistiques d’Antidote. Remarquez comme on peut passer du français à l’anglais d’un clic, comme on en reparlera dans la prochaine manche.

Cette conception plutôt restrictive de la langue française se ressent aussi dans l’application des rectifications orthographiques. Alors même qu’il cite le Journal officiel du 6 décembre 1990, ProLexis ignore des pans entiers de la « réforme », dont l’invariabilité du participe passé de « laisser ». De manière révélatrice, Diagonal parle d’« orthographe usuelle », comme si les rectifications n’étaient pas rentrées dans l’usage, quand Druide parle d’« orthographe traditionnelle ».


ProLexis propose d’ailleurs d’utiliser une « orthographe usuelle féminisée », au sens le plus juridique du terme, celui de la circulaire du 11 mars 1986 « relative à la féminisation des noms de métier ». Vous écrivez « une autrice », cette graphie historique encore très populaire en Suisse, ou « une auteure », cette graphie de plus en plus commune venue du Québec ? ProLexis froncera les sourcils et vous demandera d’écrire « une auteur ». Qu’il propose, passe encore, les documents officiels doivent respecter les circulaires et décrets. Mais qu’il impose ?


Les préférences orthographiques du Robert Correcteur. Comme ProLexis, il offre le choix entre une « orthographe usuelle », une « orthographe usuelle féminisée », et une « orthographe rectifiée ». Remarquez, dans ce dernier cas, la mention « préconisées mais non obligatoire », qui n’est pas fausse, mais montre bien la vision de Diagonal.

Antidote est plus flexible. Vous êtes académicien ? Il veillera à l’emploi des graphies traditionnelles, et rejettera ces fantaisies que sont les féminisations et les doublets. Vous êtes un Français moyen ? Il vous permettra de mêler les graphies traditionnelles et les graphies rectifiées, comme vous le faites depuis toujours sans forcément vous en rendre compte. Vous voulez marquer votre engagement féministe ? Il vous évitera d’oublier de féminiser les titres, vous proposera des formes épicènes plutôt que strictement masculines, et ne butera pas sur le point médian et les doublets.


Verdict : avantage Antidote. Vous devez respecter les normes françaises à la lettre ? Choisissez ProLexis, qui applique strictement les règles de l’Imprimerie nationale. Vous n’êtes pas français ? Vous voulez employer les rectifications orthographiques de 1990 ? Vous n’êtes pas membre de l’Académie française ? Choisissez Antidote, qui s’adapte à votre usage de la langue. En la matière, ProLexis impose, quand Antidote propose.


Manche 7 : intégration des langues étrangères


Les traducteurs et les rédacteurs techniques forment un gros contingent des clients des correcteurs. L’intégration des langues étrangères est donc d’une importance capitale. Alors que Le Robert Correcteur parle uniquement français, ProLexis et Antidote sont bilingues. Diagonal propose une version français/anglais de ProLexis, et un supplément bilingue de Myriade, qui intègre un dictionnaire français/anglais et un dictionnaire français/espagnol.


La correction d’un texte bilingue dans Antidote.

Chez Druide, les langues prennent la forme de modules, indépendants des fonctions d’Antidote. Conséquence : vous pouvez non seulement ajouter le module anglais au traditionnel Antidote francophone, mais même acheter une version purement anglophone d’Antidote. Les deux langues sont traitées de la même manière, les réglages disponibles pour l’un sont disponibles pour l’autre, les dictionnaires de l’une intègrent des traductions dans l’autre, les guides en anglais sont (presque) aussi complets que les guides en français.


Il est encore plus difficile de départager les correcteurs avec un texte en anglais, mais Antidote semble légèrement plus à l’aise avec la langue de Shakespeare. Cela tient sans doute à la finesse de ses réglages linguistiques, et sa capacité à passer d’une langue à l’autre non pas seulement à l’intérieur d’un même document, mais à l’intérieur d’un même paragraphe. La parité parfaite des deux langues permet tout aussi bien de se concentrer sur une langue précise que de passer de l’une à l’autre avec une grande fluidité.


La palette de ProLexis permet de changer de langue et de charte typographique à la volée.

Pour autant, ProLexis n’est pas disqualifié. D’abord parce qu’outre le français et l’anglais, il est capable de distinguer l’espagnol, l’allemand et l’italien. À défaut de pouvoir les corriger, il ne signalera pas les mots étrangers comme des erreurs, et appliquera les normes typographiques adaptées. Surtout, ProLexis peut s’intégrer à Trados, le logiciel de traduction assistée par ordinateur le plus populaire, par le biais d’un adaptateur à 92 €.


Verdict : match nul. Pour autant que nous puissions en juger, les deux correcteurs sont parfaitement bilingues, même s’ils ont encore des progrès à faire en anglais. Antidote met les deux langues sur un pied d’égalité — on peut d’ailleurs acheter une licence purement anglophone. Grâce aux passerelles entre le module anglais et le module français, à la traduction systématique des mots et des cooccurrences, et aux nombreux guides, les traducteurs et rédacteurs techniques peuvent rester dans le contexte bilingue sans multiplier les manipulations. Mais ProLexis est capable d’identifier l’espagnol, l’allemand et l’italien, à défaut de pouvoir les corriger. Enfin, le correcteur de Diagonal est un choix naturel pour les utilisateurs de Trados, qui regretteront toutefois de devoir repasser à la caisse pour un adaptateur supplémentaire.


Manche 8 : richesse du dictionnaire et des guides


Les correcteurs sont traditionnellement livrés avec un dictionnaire. Celui de ProLexis est réduit à sa plus simple expression : les flexions, les conjugaisons, et c’est à peu près tout. Le Robert est évidemment fourni avec une suite de dictionnaires. Comme Antidote, il propose ainsi les définitions, les synonymes et les antonymes, les conjugaisons, les locutions, ainsi que les cooccurrences et les champs lexicaux. Le correcteur de Druide se distingue par son attention particulière à l’étymologie, avec son dictionnaire de l’historique des mots.


La fenêtre des guides linguistiques du Robert Correcteur, similaire à celle de Myriade, le dictionnaire associé à ProLexis.

Le verdict : défaite ProLexis, alors ? Non : Diagonal ne développe pas seulement ProLexis, mais aussi Myriade, une collection de six dictionnaires. Myriade peut être utilisé indépendamment de ProLexis, mais les deux sont généralement installés ensemble. Les dictionnaires de Myriade sont alors disponibles depuis les menus de ProLexis, même s’il nous a fallu réinstaller plusieurs fois les deux applications avant de réussir à faire le lien.


L’« explorateur du français » dans ProLexis, similaire aux guides d’Antidote.

Dans Le Robert Correcteur comme dans ProLexis, les dictionnaires sont séparés du correcteur. Non seulement apparaissent-ils dans une fenêtre différente, mais ils utilisent une interface et des métaphores visuelles complètement différentes, qui rappellent vaguement les premières versions d’iOS. À l’inverse, les dictionnaires sont complètement intégrés au correcteur d’Antidote, même s’ils se distinguent par leur barre latérale bleutée.


Une section de l’un des onze guides d’Antidote.

En multipliant le nombre de flexions et les fonctions plus ou moins utiles, les deux éditeurs se livrent à un combat de coqs pour savoir qui possède les meilleurs dictionnaires. Disons qu’au quotidien, les trois applications offrent des prestations assez similaires. Les seuls dictionnaires de Myriade valent plus chers que Le Robert Correcteur tout entier, mais ils possèdent quelques arguments en leur faveur, comme le dictionnaire français/espagnol et une base de données de noms propres conçue pour les besoins des journalistes.


Le dictionnaire d’Antidote, ici avec le mode sombre de macOS Mojave, prise en charge depuis la mise à jour 10v2.

Au-delà des dictionnaires intégrés, qui forment la base de l’analyse sémantique des correcteurs, les trois applications vous permettent de créer des dictionnaires personnels, qui vous permettent d’ajouter vos propres mots. Nous en servons pour ajouter les produits d’Apple, par exemple, afin d’éviter qu’ils soient signalés comme des erreurs et assurer leur bon accord. Diagonal propose quelques suppléments payants, comme le Myriade Atlas et le dictionnaire des locutions latines, ainsi qu’un dictionnaire médical. Le « glossaire médical » développé par MySoft pour Antidote reste toutefois la référence.


Le verdict : match nul. Avec son dictionnaire de synonymes et d’antonymes, ses cooccurrences et ses citations, et ses guides détaillés, Antidote est une mine d’or linguistique. Mais avec son dictionnaire franco-espagnol et son dictionnaire de noms propres particulièrement adapté aux besoins des journalistes, Myriade est loin de faire de la figuration.


Manche 9 : application iOS et service web


Diagonal et Druide proposent des applications pour iOS… qui n’intègrent pas de correcteur. Malgré le mécanisme des extensions, la communication entre les applications, et donc l’intégration d’un correcteur, reste difficile. En attendant, les deux éditeurs doivent se contenter de dictionnaires, ce qui n’est pas déjà si mal. Le Petit Robert est le meilleur dictionnaire disponible sur iOS (mais aussi l’un des plus chers), tandis qu’Antidote est proposé dans les deux langues (avec une réduction sur l’achat des deux à la fois).


ProLexis et Antidote sont aussi disponibles dans le navigateur, mais « Antidote Web » n’a pas la même ambition que le « ProLexis WebService ». ProLexis WebService est conçu pour s’intégrer directement au système de gestion de contenus d’un journal — on le trouve notamment au Monde et chez Ouest France. Druide propose un service équivalent, WebElixir, qui semble toutefois délaissé. Ces deux outils, vous l’aurez compris, sont hors de portée du commun des mortels.


Le fonctionnement de ProLexis WebService. Image ProLexis.

Antidote Web, présenté avec Antidote 10, porte bien son nom. Ce n’est rien d’autre qu’une version web d’Antidote. Et cela fait toute la différence : on peut (enfin !) corriger un texte depuis un iPhone ou un iPad, un Chromebook, ou n’importe quelle machine sur laquelle on ne peut pas installer Antidote. Druide parle de « bêta », et l’on peut effectivement repérer quelques bugs, mais Antidote Web est déjà extrêmement abouti. Espérons qu’il puisse être intégré à l’application iOS !


La version web du correcteur d’Antidote.

Antidote Web est le principal composant du service « Accès tout Antidote », qui comprend aussi la synchronisation des dictionnaires personnels et des favoris par l’intermédiaire du compte Druide. Soyons bien clairs : ce service est offert gratuitement aux clients d’Antidote 10 pendant un an, mais sera payant ensuite. L’éditeur, qui se dirige très clairement vers une offre sur abonnement, communiquera son tarif définitif dans le courant de l’année.


Et les guides en ligne. Druide a dupliqué l’intégralité d’Antidote dans le navigateur.

Le verdict : avantage Antidote. Le Petit Robert est le meilleur dictionnaire disponible sur iOS, mais aussi l’un des plus chers. Antidote Mobile est trois fois moins cher sans être trois moins capable, et disponible en français comme en anglais. Mais Antidote Web change tout : pour la première fois, un texte rédigé sur un iPhone ou un iPad peut-être corrigé sur un iPhone ou un iPad, sans repasser par le Mac. La question tarifaire reste en suspens, comme celle de l’intégration du correcteur web dans une future version d’Antidote Mobile. Mais avec ce service, Antidote pourra vous suivre partout où vous écrivez (numériquement), alors que ProLexis restera sur votre PC.


Manche 10 : prix


Comparaison n’est pas raison, a fortiori sur le plan tarifaire. ProLexis est trois fois plus cher qu’Antidote, mais après neuf manches, vous aurez compris qu’il n’est pas trois plus puissant. Comment expliquer la différence ? Disons que vous n’achetez pas tout à fait la même chose. Lorsque vous dépensez 159 € chez Druide, vous achetez un correcteur orthographique bilingue, des dictionnaires, des guides… et puis c’est tout.


Après avoir dépensé plus de 500 € chez Diagonal, vous n’avez payé qu’un droit d’entrée dans l’univers ProLexis. Vous devez installer un correcteur sur les dizaines de postes de votre entreprise ? Diagonal propose une version réseau. Vous voulez intégrer un correcteur au CMS de votre groupe de presse ? Le module WebService est fait pour vous. Vous êtes traducteur ? ProLexis s’intègre à Trados. Diagonal dit que ProLexis est « le correcteur des professionnels », et c’est aussi ce que vous payez.


À l’extrême inverse, Le Robert Correcteur peut sembler être une bonne affaire. Son prix officiel de 119 € n’est qu’un prix théorique, et vous le trouverez le plus souvent à 99 €. Mais c’est un correcteur strictement francophone, aux options de personnalisation très limitées, au fonctionnement volontairement bridé, et sans intégration dans les applications de PAO. C’est un produit d’appel, qui conviendra principalement aux usages éducatifs, pour aller au-delà du correcteur intégré au système.


Les trois correcteurs sont disponibles sur macOS et Windows, mais Antidote est aussi disponible sur GNU/Linux. Une licence permet d’installer Le Robert Correcteur et Antidote sur trois postes, dans le cadre d’une utilisation familiale. ProLexis et Le Robert Correcteur peuvent être achetés sous la forme d’un CD, ou en ligne, auquel cas vous devrez bien veiller à conserver l’image disque, le lien de téléchargement expirant après 15 à 30 jours. Druide propose un espace client permettant de retélécharger Antidote à l’envi.


Les tarifs pour les versions strictement francophones :



  • Le Robert Correcteur : 99 € ;

  • Antidote : 119 € ;

  • ProLexis bureautique avec Myriade : 442,80 € ;

  • ProLexis PAO avec Myriade : 532,80 €.


Les tarifs pour les versions bilingues :



  • Antidote : 159 € (achat immédiat) ou 178 € (achat séparé) ;

  • ProLexis bureautique avec Myriade : 610,80 € ;

  • ProLexis PAO avec Myriade : 706 €.


Le verdict : avantage Le Robert. Le Robert Correcteur, ancien « Petit ProLexis », est le correcteur le moins cher. C’est aussi le correcteur le plus dépouillé, qui ne peut convenir à une utilisation professionnelle, puisqu’il n’offre aucune marge de personnalisation et ne s’intègre pas aux applications de PAO. À peine plus cher, Antidote est infiniment plus puissant et plus flexible. ProLexis boxe dans une autre catégorie tarifaire : Diagonal s’adresse aux entreprises, Druide s’adresse aux particuliers et aux indépendants, mais les deux fournissent finalement des applications très proches l’une de l’autre.


Pour conclure


Après dix manches, dont quatre renvoient les deux correcteurs dos à dos, Antidote remporte ce match. Le verdict peut sembler sévère : si le ProLexis est utilisé dans les plus grandes rédactions de France, si Le Robert a collé son emblème sur le Petit ProLexis, c’est que le correcteur de Diagonal n’est pas si mauvais que ça. Mais son succès s’explique aussi par son implantation de longue date, son origine française, et surtout son offre Réseau et son serveur WebService qui s’intègre directement aux CMS. ProLexis, c’est incontestable, est le correcteur « industriel » par excellence.


Antidote n’est pas moins professionnel, mais il ne s’adresse pas aux mêmes professionnels. Vous êtes enseignant, auteur, traducteur, travailleur indépendant, ou tout simplement une personne qui veut soigner son orthographe ? Antidote est le meilleur choix. Le Robert est (un peu) moins cher, certes, mais est (beaucoup) moins fiable. Aucun correcteur ne peut encore garantir une orthographe parfaite, mais avec son interface efficace et ses réglages détaillés, ainsi que ses excellents guides et dictionnaires, Antidote est un formidable outil d’aide à la rédaction.



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