Mac Pro 2019 : le Mac parfait pour quelques pros

Comme chaque année, la WWDC 2019 a été l’occasion pour Apple de présenter ses nouveautés en matière de logiciel. Mais au milieu des annonces concernant ses systèmes maison, la firme a glissé un segment consacré au Mac Pro. Quoi de mieux pour cette annonce qu’une salle pleine de développeurs, l’une des cibles traditionnelles de cette machine ? C’est d’ailleurs à l’occasion de la WWDC 2013 que le précédent Mac Pro avait été dévoilé et c’est pendant la WWDC 2006 que le tout premier Mac Pro avait été présenté.


Photo The Verge

Le Mac Pro 2019 suit ainsi une tradition de plusieurs années… sauf que les développeurs dans la salle ont été sérieusement refroidis à l’annonce du prix. À partir de 5 999 $ pour la configuration de base qui n’est pas folle et jusqu’où ? Des sommets probablement, nous y reviendrons, mais d’ici là, jugez l’écart avec ses prédécesseurs. Le Mac Pro de 2006 débutait à 2 499 $ et c’était un Mac surpuissant que vous aviez pour ce prix. Quant au Mac Pro de 2013, la gamme commençait à 2 999 $, loin derrière le nouveau tarif d’entrée de gamme.


Comment justifier et expliquer un tel écart ? C’est ce que nous allons voir…


Programme


Une grosse tour en aluminium, pratique avant d’être esthétique


Le Mac Pro a un design assez spectaculaire, avec ses multiples trous. Il ne plaira pas forcément à tout le monde, mais Apple a choisi de favoriser la fonction plutôt que la forme. Et l’air de rien, cette tour a nécessité beaucoup de travail et de réflexions.



Par bien des aspects, le Mac Pro 2019 rappelle davantage le PowerMac G5 et les premiers Mac Pro Intel que son prédécesseur direct. En 2013, Apple a innové avec un tout nouveau design, un cylindre de métal qui accueillait les composants autour d’un système de refroidissement triangulaire. C’était un ordinateur extrêmement novateur, qui ne ressemblait à rien de ce que l’on avait vu jusque-là et qui reste encore aujourd’hui un superbe objet.


Mais cette splendide réalisation s’est aussi avérée une mauvaise idée à l’usage, avec de gros problèmes de refroidissement et une évolutivité nulle qui ont forcé Apple à l’abandonner après cette première génération. Pour son nouveau Mac Pro, le constructeur est reparti de zéro… sans réinventer la roue cette fois. Cet ordinateur est une tour en aluminium perforé, avec quatre pieds et deux poignées pour la soulever. Cela vous rappelle quelque chose ?


Impossible de ne pas penser à l’ancien Mac Pro, qui était également au format tour vertical, construit en aluminium perforé et avec des poignées en métal. En matière de dimensions générales, il était en gros de la même taille que le nouveau modèle, alors que le Mac Pro cylindrique de 2013 était nettement plus petit et léger.


Tailles et poids des trois générations de Mac Pro.

Pour autant, Apple ne s’est pas contentée de reprendre son ancien design et de moderniser les composants. Si le nouveau Mac Pro a nécessité plus de deux ans de travail, c’est parce qu’il s’agit bien d’un tout nouveau design malgré tout, à l’extérieur comme à l’intérieur. Les poignées sont en acier et elles sont arrondies pour ne pas être inconfortables pendant le transport, mais elles sont surtout le signe extérieur de la conception générale du produit.


Apple a conçu son Mac Pro autour d’un cadre en acier qui se suffit à lui-même. Il pourrait fonctionner sans la coque d’aluminium, tous les composants sont maintenus sur cette base en acier qui sert aussi de poignées sur le dessus et de pieds en dessous. Des pieds qui pourront être remplacés par des roues en option, à un tarif encore indéterminé.


Une fois tous les composants internes enlevés, le cadre en acier qui maintient le Mac en place est parfaitement visible. Photo The Verge.

D’ailleurs, le capot se retire entièrement pour accéder aux composants : tournez une poignée sur le haut et vous pourrez lever la totalité de la grille en aluminium. Cela rappellera peut-être quelque chose aux plus anciens : c’est exactement le même concept qu’Apple avait exploité pour son Cube, au début des années 2000. Comme sur cet ancien Mac, ce choix permet d’accéder aux composants sur les quatre côtés, et pas un seul comme c’est le plus souvent le cas sur une tour.


Pour ouvrir le nouveau Mac Pro, il faut tourner une grosse poignée sur le dessus et tirer vers le haut. L’intégralité du capot en aluminium est alors retiré et les composants sont accessibles de tous les côtés. Notez aussi les barres d’acier sur les côtés qui maintiennent l’ensemble.

Sous le capot donc, Apple a organisé l’espace différemment par rapport aux anciens Mac Pro, même si on retrouve la même idée générale dans les deux cas. L’objectif est de ventiler efficacement les composants et d’organiser l’espace en plusieurs zones pour éviter qu’un élément surchauffe toute la machine. Sur les anciens modèles, l’espace était divisé en trois zones horizontales : en bas, les processeurs et la mémoire vive, au milieu la zone dédiée aux cartes graphiques et autres extensions, en haut l’alimentation et le stockage.


La ventilation sur PowerMac G5, qui disposait du même design général que les Mac Pro Intel jusqu’en 2013.

Sur le Mac Pro 2019, la conception est différente, puisque la carte mère placée à la verticale divise l’espace interne en deux zones. Du côté droit avec l’ordinateur face à vous, vous retrouverez le processeur, en haut cette fois, et les cartes graphiques et autres expansions en bas. Trois gros ventilateurs aspirent l’air frais à l’avant et l’air chaud est expulsé à l’arrière. Cette grande zone n’est pas séparée horizontalement, mais le ventilateur du haut va plus refroidir le processeur, et ceux du bas les cartes PCIe.


Refroidissement de la zone dédiée au processeur (en haut) et aux cartes d’expansion (en bas). Sur cette illustration, le Mac Pro est équipé de deux modules MPX qui contiennent chacun deux cartes graphiques.

De l’autre côté de la carte mère, on retrouve les douze emplacements pour la mémoire vive, ainsi que le stockage et d’autres composants importants, comme la puce T2 qui gère de nombreux aspects (stockage, sécurité…). Un quatrième ventilateur positionné à la verticale aspire de l’air frais depuis l’avant et l’expulse également à l’arrière. C’est aussi ce ventilateur plus petit qui devra refroidir l’impressionnante alimentation de 1 400 W positionnée à la base du Mac Pro.


Les composants sont fermés par défaut, mais les barrettes de RAM sont situées dans le carré en haut à droite et les barrettes de SSD vers le bas, à droite aussi.

Quatre ventilateurs en tout, dont trois gros en façade qui feront l’essentiel du travail et devraient le faire silencieusement, même en charge. Les cartes graphiques fournies par défaut sont dépourvues de ventilateur, et le processeur Xeon n’a pas de ventirad dédié pour le refroidir. C’est un système de refroidissement très différent des deux anciens Mac Pro : le tube de 2013 n’avait qu’un seul ventilateur pour refroidir, quand son prédécesseur en alignait pas moins de neuf. Malgré tout, cela devrait largement suffire pour refroidir tous les composants actuels et à venir.


En tout cas, c’est l’une des promesses d’Apple : après l’expérience malheureuse du Mac Pro de 2013 qui n’arrivait pas à maintenir ses composants à température, la firme a mis le paquet cette année. En cas de besoin, tous les ventilateurs peuvent tourner à leur capacité maximale et déplacer près de 8,5 mètres cube d’air par minute. Un volume d’air impressionnant, qui permettra de faire tourner le processeur et les cartes graphiques à leur capacité maximale en continu, sans craindre de baisses de performances.


Les deux côtés du Mac Pro et l’impressionnante rangée de trois ventilateurs sur l’avant, qui s’assureront que les températures restent douces au quotidien.

Le cas échéant, le Mac Pro sera certainement bruyant. Mais en usage normal, cela ne devrait pas être le cas : Apple promet que ce monstre de puissance sera légèrement plus silencieux que l’iMac Pro ou le Mac Pro de 2013, deux références en la matière. Avec 10 dB de base, autant dire qu’il sera inaudible et pourra être posé sur un bureau, si vous voulez admirer ses trous en permanence.


Ce design troué a beaucoup fait parler de lui, et pour cause. Les Mac Pro « rape à fromage » de la grande époque avaient aussi une coque en aluminium trouée, mais les trous étaient plus fins et plus réguliers. C’était un dessin nettement plus simple, plus sobre aussi et en tout cas plus fédérateur. Ce nouveau modèle déplaira sans doute à tous ceux qui souffrent de trypophobie et même si ce n’est pas votre cas, vous trouverez peut-être ce choix d’avoir un grand trou et des petits trous derrière étrange.



C’est indéniablement un design surprenant, que l’on ne retrouve pas sur le premier ordinateur venu et que l’on n’avait jamais vu chez Apple (même si certains Mac de l’époque G4 avaient une grille dans le même esprit). Mais ce n’est absolument pas gratuit et dans ce domaine, le constructeur a choisi de privilégier la fonction sur la forme. Le design final a été choisi pour optimiser la bonne ventilation du Mac Pro en maximisant la quantité d’air qui peut passer, tout en conservant une bonne rigidité.


Voici comment la face avant du Mac Pro, en « treillis » a été créée.

Cette grille, qu’Apple qualifie de « treillis », est créée en creusant une plaque d’aluminium avec des sphères légèrement décalées de chaque côté. Plus de la moitié du métal est retiré dans le processus, ce qui fait qu’il y a plus d’air que d’aluminium dans cette structure. L’objectif premier est de créer un panneau en aluminium, rigide et suffisamment ouvert pour laisser un maximum d’air et l’équipe de Jony Ive n’avait pas ce design en tête avant de concevoir le Mac Pro.


C’est souvent la fonction qui dicte la forme chez Apple, et le Mac Pro va jusqu’au bout de la démarche. C’est une différence avec son prédécesseur, où des choix esthétiques ont dicté certains choix techniques, à commencer par la petite taille du produit.


Avant de passer aux composants internes, un mot encore sur le design des câbles. Pour la deuxième fois, Apple abandonne le traditionnel plastique blanc au profit de câbles noirs en tissus pour son alimentation. La première, c’était pour le HomePod et on imagine que le Mac Pro héritera du même type de câbles. Pourquoi ce choix ? Apple a abandonné depuis quelques années le PVC au profit de matières plus écologiques, mais moins solides et moins agréables en main. On imagine qu’à ce niveau de prix, un câble en tissus plus agréable est préférable…


Le dos du Mac Pro, avec son câble en tissus. Photo The Verge.

Les plus observateurs auront noté que le câble d’alimentation vient bloquer la coque d’aluminium quand il est branché. En théorie, le Mac Pro pourrait fonctionner avec les composants visibles, mais le constructeur a fait en sorte que ce ne soit pas le cas.


Pas de compromis sur les composants et les prix


Les chiffres parlent d’eux-mêmes : jusqu’à 28 cœurs pour le processeur, jusqu’à 1,5 To pour la mémoire vive, capacité de calcul graphique jusqu’à 56,8 téraflops ou encore alimentation de 1 400 W. Pour son nouveau Mac Pro, Apple n’a pas fait de compromis sur les composants internes, quitte à faire exploser le budget. Faisons un tour rapide de ses composants.


Processeur


Côté processeur, Apple a opté pour la toute dernière génération en date (présentée en même temps que l’ordinateur, d’ailleurs) gamme Xeon W d’Intel à architecture Cascade Lake. Le Mac Pro utilise une bonne partie de la gamme, depuis le Xeon W-3223 et ses huit cœurs à 3,5 GHz en entrée de gamme jusqu’au Xeon W-3275M et ses 28 cœurs à 2,5 GHz en haut de gamme. Ils sont tous gravés à 14 nm, ce devrait être la dernière génération à ce niveau de finesse avant de passer à 10 nm.



Ce choix est logique, Apple utilise exclusivement des processeurs Xeon dans les Mac Pro depuis leur création. Ils sont plus chers que les processeurs Core que l’on retrouve dans tous les autres Mac, mais ils apportent des fonctions de pointe supplémentaires, dont la mémoire vive ECC qui offre une sécurité supplémentaire et qui est indispensable dans quelques domaines professionnels. Ils sont aussi indispensables pour gérer les 12 barrettes de RAM et les 1,5 To proposés au maximum, et ils offrent les meilleures performances du moment chez Intel.


Le prix des options proposées par Apple n’est pas connu, mais on connaît les prix recommandés par Intel. L’entrée de gamme commence à 749 $ et les tarifs s’envolent très vite pour atteindre un impressionnant 7 453 $ pour le Xeon à 28 cœurs utilisé par le Mac Pro haut de gamme. Encore une fois, c’est un prix conseillé pour un achat à l’unité, ce n’est pas le prix que la firme de Cupertino paye… ni celui qu’elle facturera à l’achat. On ne serait pas surpris que l’option seule touche voire dépasse les 10 000 $.


Tableau AnandTech.

À noter qu’Apple ne propose plus de configuration avec deux processeurs, comme c’était le cas dans les anciens Mac Pro au format tour. Le constructeur a probablement privilégié l’espace dédié à l’expansion et puis c’était un bon moyen à l’époque de multiplier les cœurs, mais l’option haut de gamme avec 28 cœurs devrait largement suffire à tous les besoins.


Mémoire vive


Apple a vu grand également dans ce domaine. Le Mac Pro intègre douze emplacements dédiés à la RAM et par défaut, quatre seront utilisés avec des barrettes de 8 Go, pour un total de 32 Go de mémoire vive. Vous pourrez les remplir tous et atteindre 1,5 To de RAM en utilisant douze barrettes de 128 Go. Il s’agit à chaque fois de mémoire protégée (ECC) et elle est cadencée à 2 933 Mhz sur tous les modèles, sauf l’entrée de gamme qui se contentera de barrettes à 2 666 Mhz.



Seuls les Mac Pro avec l’option Xeon 24 cœurs et ceux avec l’option 28 cœurs pourront gérer les 32 Go de RAM. Les modèles inférieurs ne gèrent « que » 1 To. À l’inverse, les deux processeurs haut de gamme pourraient gérer en fait 2 To de mémoire vive. Mais comme on ne fait pas encore de barrettes de plus de 128 Go de mémoire, la limite est de fait inférieure.


Avant de vous emballer, sachez que les barrettes de RAM de 128 Go sont encore très rares et surtout utilisées dans le monde des serveurs. On en trouve pour 1 500 $ l’une sur ce site, ce qui fait un total de 18 000 $ pour les douze barrettes nécessaires pour atteindre les 1,5 To.


Apple n’a pas tendance à faire de cadeau sur la mémoire vive en option, ses tarifs n’ont souvent rien à voir avec les prix du marché. Pour mieux évaluer ce point, il est peut-être préférable de s’en référer aux prix de la RAM dans l’iMac Pro. Sachant que le passage de 32 Go à 256 Go est facturé 5 200 $, on peut estimer que l’option 1,5 To dépassera les 31 000 $. Naturellement, vous pourrez installer vos propres barrettes après achat, pour un prix nettement plus doux.


Carte graphique


Passons à la carte graphique, ou plutôt aux cartes graphiques. Livré avec une seule carte par défaut, le Mac Pro peut en embarquer deux et gérer jusqu’à quatre puces graphiques. Le constructeur a créé un module spécifique, nommé MPX (pour « Mac Pro Expansion ») qui peut héberger autre chose qu’une carte graphique, mais qui sert avant tout à cela. L’ordinateur de base sera fourni avec une Radeon Pro 580X, carte graphique de milieu de gamme chez AMD, avec deux options supplémentaires. En haut de la gamme, la MPX Radeon Vega II Duo, une carte surpuissante qui intègre deux GPU. D’après Apple, c’est même la carte graphique la plus puissante du moment.



Et puisque l’on peut intégrer deux MPX à la commande, on peut installer deux Radeon Vega II Duo dans un seul Mac Pro. Au total, la station de travail disposera alors de 56,8 téraflops de puissance graphique (FP32) et 128 Go de mémoire vidéo dédiée. C’est en effet très impressionnant et un record pour Apple ainsi que dans le monde AMD. Si l’on regarde ce qui se fait chez Nvidia, on peut trouver encore mieux sur le papier en combinant quatre Quadro RTX 8000, mais outre que les prix seraient délirants (comptez autour de 7 500 € l’unité), la mémoire utilisée par AMD est plus rapide et l’écart ne serait peut-être pas significatif.


Les modules MPX ont été créés par Apple et ils n’ont aucun équivalent direct sur le marché. On peut malgré tout spéculer sur le prix en se basant sur la Radeon Pro WX9100 qui est l’équivalent d’ancienne génération de la Radeon Pro Vega II utilisée pour le Mac Pro. À sa sortie, cette carte graphique était affichée à 2 200 $ et on peut estimer que l’on serait dans les mêmes eaux. En tenant compte de la marge Apple, peut-être autour de 2 500 $ pour un MPX Radeon Pro Vega II, 5 000 $ pour le MPX Radeon Pro Vega II Duo ?


Détails de la carte Radeon Pro Vega II conçue spécialement pour le Mac Pro. L’une des innovations est le lien très rapide entre les deux puces graphiques, pour des performances a priori bien meilleures qu’avec les connexions externes (SLI chez Nvidia, Crossfire chez AMD) proposées par ailleurs.

À ce stade, on ne peut que spéculer et on ne sait pas combien Apple va faire payer pour le système MPX, ni à quelle hauteur sera sa marge sur ce produit professionnel. Quoi qu’il en soit, il faut aussi rappeler que le Mac Pro est équipé de ports PCIe standards, qui pourront accueillir n’importe quelle carte graphique AMD sur le marché. Une Radeon VII équipée des puces AMD Vega 20 se déniche actuellement à partir de 750 € l’unité. On devrait pouvoir en mettre quatre sans trop de problème dans le Mac Pro, de quoi avoir une belle puissance de calcul à un coût nettement plus raisonnable.


Autres extensions


Les capacités d’expansion du Mac Pro ne s’arrêteront pas là. En tout, il dispose de huit connecteurs PCIe, dont un de petite taille qui est utilisé par défaut pour offrir une prise jack, deux ports USB-A et deux Thunderbolt 3 au dos. Apple commercialisera également en option une carte d’extension nommée « Afterburner » qui est un module spécialisé chargé de gérer des flux vidéo au format ProRES, codec utilisé notamment par Final Cut Pro. Grâce à cette carte, le Mac Pro pourra gérer sans problème trois flux vidéos en 8K, ou bien douze flux vidéo en 4K.



Au-delà de ce que la firme proposera sur sa boutique, des accessoiristes tiers pourront utiliser ces ports d’expansion pour ajouter d’autres fonctions au Mac Pro. On sait déjà que Promise vendra un système qui permet d’avoir quatre disques durs en RAID dans un module MPX, il y en aura sûrement d’autres d’ici l’automne et par la suite.


Stockage


À propos de stockage, le Mac Pro reste exclusivement sur du SSD par défaut, comme son prédécesseur. Deux emplacements sont dédiés à la mémoire et l’ordinateur sera fourni par défaut avec un anémique module de 256 Go. En options, on pourra intégrer jusqu’à 4 To de stockage sous la forme de deux modules de mémoire gérés par la puce T2 du constructeur. C’est exactement le même format que l’iMac Pro, sauf que ce dernier est fourni par défaut avec 1 To.



Ce composant est sans doute le plus facile à chiffrer, puisque la firme commercialise déjà des Mac avec 256 Go de stockage de base que l’on peut passer à 4 To. Prenons le MacBook Pro 15 pouces comme base. Il faut compter 240 € pour passer à 512 Go, 720 € pour 1 To et pas moins de 3 700 € pour l’option 4 To. Il ne faut sans doute pas attendre beaucoup moins : même si les prix des SSD baissent, les prix d’Apple restent en général très stables.


Les performances du SSD intégré au Mac Pro annoncées par Apple sont inférieures aux meilleurs Mac. On ne sait pas exactement pourquoi, le constructeur a peut-être choisi une mémoire plus fiable et plus lente. Rassurez-vous, cela restera très rapide malgré tout.


Pour finir sur ce point, il ne sera sans doute pas possible, ou du moins pas facile et et pas donné, de remplacer soi-même les modules de mémoire installés à l’achat. Mieux vaut configurer à la commande la bonne quantité de stockage interne — 512 Go semble un strict minimum en 2019 — sachant que vous pourrez toujours compter sur des produits tiers pour augmenter le stockage disponible dans votre ordinateur. Sans opter pour un produit spécifique, un adaptateur PCIe pour SSD au format M2 ne coûte qu’une vingtaine d’euros.


Un Mac cher, mais aligné sur ses concurrents


Le Mac Pro sera vendu à partir de 6000 $, mais le modèle entrée de gamme n’est pas très représentatif de la gamme complète. Outre son stockage de 256 Go seulement, son processeur ne gère que de la mémoire vive moins rapide et il ne devrait pas être le monstre de puissance annoncé. D’après ce que l’on sait, un iMac Pro devrait faire mieux que ce premier modèle, présent surtout pour avoir un prix d’appel « raisonnable ».


Pour se démarquer du tout-en-un professionnel, le Mac Pro peut compter sur son évolutivité et une longue liste d’options, et c’est là que les prix vont commencer à augmenter de façon exponentielle. Il est important de souligner qu’Apple s’est contentée de donner le tarif de base, sans détailler les prix des options et nous ne pouvons que spéculer. Cette mise en garde posée, j’ai essayé d’imaginer le tarif d’un Mac Pro toutes options en reprenant les prix évoqués dans la partie précédente :


En spéculant à partir des prix de pièces individuelles ou produits équivalents, voici à quoi on pourrait s’attendre pour le Mac Pro le plus cher.

Pour rappel, voici comment j’ai fait mes calculs :



  • Prix de base : je suis parti du principe que, comme pour l’iMac Pro, il n’y aura qu’un modèle de base à configurer ;

  • Processeur : le prix annoncé par Intel du processeur est autour de 7 500 $, j’ai ajouté une petite marge supplémentaire pour obtenir un chiffre rond ;

  • Mémoire vive : je me suis basé sur le prix des mises à jour pour l’iMac Pro (5 200 $ pour 256 Go) pour obtenir ce chiffre ;

  • Carte graphique : c’est le prix le plus spéculatif de l’ensemble — on n’a aucune idée des tarifs qu’Apple demandera pour ses MPX —, mais je me suis basé sur le prix d’une ancienne carte graphique AMD comparable pour obtenir cette estimation ;

  • Stockage : je me suis basé dur le prix de la mise à jour pour le MacBook Pro (3 000 $ pour passer de 256 Go à 4 To dans le 15 pouces).


À l’arrivée, on atteint la somme impressionnante de 58 000 $, soit environ 51 200 € aux taux actuels. Ce qui pourrait faire du Mac Pro le Mac le plus cher de l’histoire d’Apple, même en tenant compte de l’inflation sur d’anciens modèles. Et encore, c’est un prix sans écran (il faudra ajouter au moins 6 000 $ pour le Pro Display XDR et son pied), ni certaines options, comme l’Afterburner, dont il est difficile d’estimer le prix (la carte RED Rocket-X qui a un rôle similaire coûte 6 750 $).


C’est incroyablement cher, mais est-ce trop cher ? Pour le savoir, il faut comparer le Mac Pro toutes options à un ordinateur similaire, comme le Z8 Workstation de HP. La comparaison n’est pas parfaite, parce que le constructeur ne propose pas encore de processeurs Xeon similaires à ceux du Mac Pro, et parce que la carte graphique créée par Apple n’a aucun équivalent sur le marché. Néanmoins, en essayant de coller au maximum, avec un processeur Xeon 28 cœurs, 1,5 To de mémoire vive, 4 To de SSD NVMe et deux cartes graphiques puissantes, on obtient une machine à 53 000 $.


HP et les autres constructeurs de PC n’ont pas attendu Apple pour créer des stations de travail surpuissantes et hors de prix.

Ce Mac Pro toutes options sera très cher, indéniablement, mais il ne sera sans doute pas trop éloigné des références du marché. La différence entre l’ordinateur d’Apple et ceux de ses concurrents, c’est qu’il n’y a pas vraiment d’options bon marché. Le même Z8 Workstation de HP peut rester sous la barre des 10 000 $ tout en étant extrêmement puissant et bien assez équipé pour la majorité des usages.


Ce n’est pas ce qu’a cherché Apple, qui oriente son Mac Pro vers le très haut de gamme, sans vraie réponse pour l’entrée de gamme. Ainsi, le modèle à 6 000 $ ne devrait pas être très intéressant, surtout quand on le compare à l’iMac Pro. Pour un tarif proche, vous pouvez avoir un tout-en-un avec l’option Xeon 10 cœurs qui sera plus puissant que le Xeon 8 cœurs du Mac Pro, 64 Go de mémoire vive et 1 To de SSD, contre 32 Go et 256 Go seulement.


Et pour ce prix, vous aurez en plus un excellent écran en plus d’un très bon ordinateur ! Vous avez déjà un écran ? Le Mac mini remis au goût du jour l’année dernière est une excellente machine, bien assez puissante pour ceux qui n’ont pas besoin de carte graphique dédiée. Et même si c’est le cas, les eGPUS sont une option envisageable.


Le Mac Pro d’entrée de gamme ne devrait pas être une très bonne affaire a priori, même s’il a pour lui l’avantage d’être évolutif. Vous pourrez lui ajouter de la mémoire vive et changer sa carte graphique en évitant les marges d’Apple, mais on sent bien que le constructeur n’a pas conçu l’ordinateur pour cet usage. En fait, le Mac Pro de 2019 n’est vraiment optimisé que pour une poignée d’usages bien précis…


Un ordinateur taillé pour Hollywood


Apple a présenté son nouveau Mac Pro face à quelques milliers de développeurs, mais cela ne veut pas dire qu’ils étaient la cible de ce nouveau produit. Il suffit d’en juger aux exemples donnés par la firme pour mettre en avant les qualités de l’ordinateur : vidéo, audio et 3D étaient à l’honneur, pas Xcode. Le monde du cinéma, de la télévision ou du jeu vidéo, pas celui des développeurs.


Les démonstrations techniques présentées pendant la WWDC sont un excellent indicateur des choix d’Apple pour la conception de ce nouveau Mac Pro :



  • L’outil de création musicale Logic Pro pourra gérer un millier de pistes sans problème, ce qui intéressera tout particulièrement les compositeurs de bandes-originales.

  • Les monteurs vidéos pourront utiliser Final Cut Pro pour monter trois flux vidéos 8K en parallèle sans le moindre ralentissement.

  • Pixar pourra charger des scènes d’animation en trois dimensions complètes sur un seul Mac Pro.


Toutes les entreprises qui ont été impliquées dans la création du Mac Pro. Vous noterez qu’il s’agit quasiment exclusivement d’entreprises liées à la création d’images ou d’audio.

Il y a un point commun entre tous ces exemples : ils ont tous un pied dans la création vidéo ou audio. Pour caricaturer, le Mac Pro a été développé spécifiquement pour Hollywood.


Les professionnels du cinéma et de la télévision, les créateurs de publicité, les animateurs des grands studios — Pixar en tête —, les compositeurs de musiques de films… voilà les clients de cet ordinateur. Et ils seront ravis de pouvoir l’acheter, parce que macOS est leur seule option et que le nouveau Mac Pro est bien meilleur que celui de 2013. Ou même parce que cette machine vendue à des prix délirants pour le commun des mortels n’est en fait pas si chère pour ce qu’elle peut leur apporter.


Apple a lourdement appuyé sur ce point pendant son keynote : le Mac Pro est prêt pour la production actuelle, mais aussi pour le futur. La prise en charge de la 8K répond à un besoin qui va se généraliser dans les années à venir, à défaut d’être essentielle aujourd’hui. On imagine que la carte Afterburner pourra être mise à jour dans un an ou deux pour gérer encore plus de flux 8K, voire permettre à l’ordinateur de gérer des flux vidéo encore plus grands sans problème.


À gauche du processeur et au-dessus des ports PCIe, le Mac Pro intègre deux ports eSATA qui pourront servir à brancher des disques dur ou SSD additionnels, ainsi qu’un port USB-A. Pourquoi un port USB-A à l’intérieur d’un ordinateur ? Pour brancher la clé de licence encore utilisée par de nombreux logiciels professionnels, en particulier dans le monde de la vidéo.

Et en parlant de futur, on peut se demander si Apple n’a pas créé ce nouveau produit pour ses propres besoins. Après tout, l’entreprise compte devenir un acteur majeur de la production vidéo en lançant Apple TV+ à l’automne. Elle va produire des séries, des longs-métrages et des documentaires et il faudra des ordinateurs pour monter, animer et mettre en musique toutes ces créations originales. Ce Mac Pro 2019 est probablement la réponse parfaite…


En se concentrant ainsi sur un domaine précis, Apple a oublié des catégories professionnelles entières qui tiraient parti du Mac Pro à une époque. Tous les professionnels pourront l’acheter s’ils le souhaitent, évidemment, mais il sera très cher et surdimensionné dans la majorité des cas. Les développeurs qui étaient dans la salle de la WWDC n’auront pas vraiment intérêt à opter pour cet ordinateur, l’iMac Pro ou alors un Mac mini répondront bien davantage à leurs besoins.


Le cadre parfait pour le nouveau Mac Pro et son écran de référence.

Ceux qui attendaient une tour Apple correctement équipée par défaut, vendue à un prix raisonnable et facile à mettre à jour en seront pour leurs frais. Cet ordinateur n’existe plus dans la gamme depuis 2013 et le constructeur n’a probablement aucune intention d’occuper à nouveau ce segment.


Il faudra s’y faire et si vous tenez vraiment à acheter le successeur du Mac Pro des années 2000, les hackintosh n’ont pas dit leur dernier mot.

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